Blocage des gitans de l'autoroute en Valais: la version filandreuse du commandant Varone

28. Mai 2025

Le Commandant de la police valaisanne évoque un mensonge des gitans à l'origine de toute l'affaire. Vraiment?

Le matin.ch/Eric Felley 

Dans une interview publié samedi dans «Le Nouvelliste», Christian Varone, commandant de la police cantonale valaisanne, s'exprime longuement sur le blocage des caravanes, mardi 15 avril dernier sur l'autoroute à Saint-Maurice, perturbant la circulation entre Vaud et le Valais durant plus de sept heures dans la région.

Est-ce que cette opération n'était pas disproportionnée? Le commandant Varone dit assumer «à 100% la décision» qu'il a prise de son propre chef, sans en référer au conseiller d'État en charge de la sécurité, Frédéric Favre. De toute façon, ce dernier, en bout de mandat, le soutient aussi à 100%, comme il l'a déclaré après l'opération: «C'est la tolérance zéro face aux situations où l'on ne respecte pas l'ordre public».

Plan Cobra

Le problème, c'est justement de déterminer dans quelle mesure ces gitans n'ont pas respecté l'ordre public, alors qu'ils se rendaient à Gampel, où ils avaient loué en bonne et due forme un camping privé. Ils avaient payé d'avance quelque 15'000 francs pour la location. Ils roulaient tranquillement sur l'autoroute avec femmes et enfants avant de tomber sur le shérif valaisan et ses adjoints, qui ont déclenché le plan COBRA des grands jours.

Là où le commandant de la police valaisanne finaude, c'est qu'il déclare que les gitans «se sont présentés au propriétaire de ce terrain comme des Yéniches suisses alors qu’il s’agissait en réalité de Roms de nationalité française. En apprenant cela, le loueur a estimé qu’il y avait eu tromperie et a annulé l’accord. Il nous a communiqué sa décision oralement, puis par écrit quelques jours plus tard». Pourquoi quelques jours plus tard?

Risque d'intempéries

Les gitans ont démenti s'être fait passer pour d'autres, et très franchement pourquoi l'auraient-ils fait? Mais, pour le commandant, c'est un mensonge de leur part qui est à l'origine de ce pataquès et du blocage de l'autoroute. Pourtant, lui le premier, sait très bien qu'un mensonge n'est pas (encore) un délit pénal. Et que celui qui n'a jamais menti leur jette la première pierre…

Après avoir bloqué le convoi, et découvert ledit mensonge, la police valaisanne a averti la commune de Gampel de l'arrivée des caravanes. Ici, le commandant sort un autre argument de sa casquette étoilée: «La commune a argumenté que le terrain en question se trouvait au bord du Rhône et qu’avec les intempéries prévues et le risque de crue, c’était une question de sécurité pour les gens du voyage qui devaient s’installer là».

Menace à Gampel?

Donc, le problème n'était plus le fait qu'ils étaient des roms français, se faisant passer pour des Yéniches suisses, mais une question de sécurité. De toute façon, ils n'étaient pas les bienvenus, c'est clair: «Lorsque la police sait qu’une infraction va être commise, assène le commandant, elle se doit d’intervenir». Mais de quelle infraction parle-t-il, c'est beaucoup moins clair. Un potentiel vol de yaourt au Migrolino de Gampel? Ou le vol d'un caillou sur le chantier de l'A9?

Le plus drôle dans cette histoire, c'est que la police valaisanne est allée chercher les 15'000 francs versés au camping pour les rendre aux roms. Cool. Si vraiment, il y avait anguille sous roche, la police aurait séquestré l'argent pour rembourser les frais colossaux de l'intervention. Preuve qu'elle n'était pas certaine d'être dans son bon droit.

Merci la police

Il faut garder la plus belle citation de cette interview pour la fin: «La très grande majorité des messages qui me sont parvenus, dit-il, provenaient de citoyens qui, bien que bloqués sur l’autoroute, remerciaient la police et soutenaient clairement l’intervention». Eh bien, on aimerait en connaître juste un seul qui, bloqué pendant deux ou trois heures, a écrit un message au commandant Varone pour le féliciter...

Jeudi 1ᵉʳ mai, le gouvernement valaisan aura une nouvelle composition. Le conseiller d'État Frédéric Favre va quitter ses fonctions pour un avenir olympique. Christian Varone n'est plus très loin de la retraite, il aura 62 ans en août prochain. Malgré ses immenses qualités, il est comme tout le monde, il n'est pas irremplaçable, même en assumant à 110%.

>> Lire également: Qui a bloqué l’autoroute en Valais? «La police a changé sa version»