Des pavés en mémoire de Tsiganes internés par l'État français durant la Seconde Guerre mondiale vont être posés dimanche dans une commune du Bas-Rhin. À Marseille, un monument en hommage aux victimes du génocide tsigane doit également être inauguré. Depuis quelques années, les initiatives se multiplient pour que cette page sombre de l'histoire de France sorte de l'oubli.
France24/Stéphanie Trouillard
"Avant la dernière guerre mondiale, je demeurais à Strasbourg avec toute ma famille. Nous avons dû fuir au début des hostilités, car nous étions gitans, race réputée inférieure et vouée à l'extermination. Nous nous sommes cachés dans la localité de Villiers, dans l'Indre, jusqu'au jour où le maire de cette localité nous a annoncé que nous devions être transférés dans un camp. C'était début 1941. Nous avons été chargés dans des camions sous la menace des armes et avons été transportés à Argelès, avant d'être internés dans le camp de Rivesaltes."
Dans son dossier détenu par le Service historique de la Défense, Charles Adolf raconte les circonstances de son internement et celui de sa famille durant l'occupation, alors qu'il n'était âgé que de 11 ans. "Nous n'avons pas été maltraités, mais nous souffrions du froid, de la faim et surtout du manque de soin et de la peur constante de l'extermination. Mon père en est mort le 23 avril 1941", décrit-il.
Ce récit date des années 1980, lors de démarches pour obtenir un statut d'interné politique. En réponse, Charles Adolf s'est vu refuser cette attribution sous le prétexte d'avoir séjourné dans "des camps d'hébergement" et non "d'internement" et n'a jamais été reconnu comme victime de guerre.
Une première pour les gitans
Quatre-vingts ans après la fin du conflit, une réparation symbolique va enfin avoir lieu pour ce gitan alsacien décédé en 2000. Un pavé de la mémoire va être posé, dimanche 15 février, à Schweighouse-sur-Moder, dans le Bas-Rhin, en sa mémoire et en celle de son père. "Le maire de cette commune m'a contacté pour faire poser des pavés de la mémoire. Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait eu des victimes juives dans cette ville, mais aussi les deux membres de la famille Adolf qui en étaient originaires et qui étaient gitans", explique Christophe Woehrle, à l'initiative de cette inauguration.
Depuis une dizaine d'années, cet historien œuvre en Alsace, mais aussi un peu partout en France, pour faire poser des Stolpersteine (pierres d'achoppement, ou sur lesquelles on trébuche, en français) pour rendre hommage à des victimes du nazisme. Plus de 500 ont été inaugurés dans l'Hexagone depuis 2013.