Menaces, déjections, insécurité: les gens du voyage français sont à nouveau sources de conflits de voisinage. La Ville porte déjà plainte pénale.
En bref:
Ils sont trois à se retrouver dans un champ du côté de Montheron, à une encablure du campement qu'occupent les gens du voyage depuis le 24 février dernier. Et ils sont en colère. Il y a le voisin qui ne se sent pas en sécurité, Thibault Roger, Quentin Michon, l’agriculteur bio scandalisé par l’état dans lequel se trouvent ses champs, et Serge Ballesteros, le vice-président de la Compagnie des archers de Lausanne, dont le terrain d’entraînement jouxtant les caravanes est à nouveau impraticable, comme en 2024. «La Municipalité de Lausanne nous traite comme quantité négligeable. Nous sommes à nouveau des victimes collatérales de sa politique.»
La Municipalité responsable
«C'est la Municipalité de Lausanne que moi et ma compagne tenons pour responsable de la situation. Les gens du voyage prennent les libertés que les autorités veulent bien leur laisser. L'année dernière, le Conseil communal a voté contre la dénonciation systématique des comportements susceptibles de sanction aux autorités pénales et administratives compétentes. C'est ahurissant», poursuit Thibault Roger. Serge Ballesteros, l’archer, abonde dans le même sens. «Si au moins ces autorités étaient honnêtes avec nous. L’année dernière, elles nous ont assuré que les gens du voyage ne resteraient que trois mois. Le campement a duré sept mois! Cette année, on nous redit exactement la même chose. L’opacité de cette Municipalité est détestable.»
En 2024, on s’en souvient, les archers lausannois avaient vu leur terrain d’entraînement rendu impraticable en raison des nombreuses déjections qui le souillaient. «C’est déjà le cas cette année encore. Heureusement, nous n’avions pas réparé les cibles qu’ils nous avaient saccagées l’année dernière», se console Serge Ballesteros. Lui aussi parle d’intimidations, de menaces. «Je suis allé sur place contrôler les installations il y a quelques jours. Un homme m’a pris en photo avec son téléphone en me disant: «Toi, on va te retrouver.» Les archers ne reviendront pas: ils sont en négociation avec l'administration communale et cantonale pour quitter la Rama et occuper un autre site.
«Les archers partent, mais moi, jamais!» Quentin Michon exploite avec son père les terrains qui entourent le campement des gens du voyage. Ils savent déjà que leur culture de fourrage sera inexploitable, comme en 2024. «Beaucoup se parquent dans nos champs, ce qui les rend boueux. Plus rien n’y pousse. Et il y a les déjections, les papiers-toilette souillés, les canettes abandonnées dans l’herbe. Si je donne ça à mes vaches, c’est simple, elles meurent. La Commune a d’autres terrains mais ne veut pas investir un sou et seulement récolter les loyers des Gitans.»
«Une zone de non-droit»
L’agriculteur l’assure cette fois-ci: il ne se laissera pas intimider comme en 2024 lorsque, alors qu’il était au volant de ses engins, les gens du voyage lui barraient la route et le menaçaient. Ou lorsqu’ils fonçaient délibérément en voiture sur ses chevaux, en balade. «J’appellerai systématiquement la police maintenant, à chaque incident, même si les forces de l’ordre m’ont répondu qu’ici, désormais, ils ne peuvent plus intervenir. C’est devenu une zone de non-droit. On se croirait dans les quartiers nord de Marseille.»
Trois semaines avant l’arrivée des gens du voyage, Thibault Roger, Serge Ballesteros et Quentin Michon avaient pressenti leur retour. Ils avaient adressé une lettre à la Municipalité de Lausanne, avec copie au Conseil d’État vaudois. Ils prévenaient qu’en cas de nouvelle occupation, ils n’auraient d’autre choix que de mettre en œuvre et de concert tous les moyens afin de condamner, et de faire condamner, «l’inconsistance des décisions prises par la Municipalité de Lausanne».
La Ville porte plainte
Pourquoi avoir autorisé ce nouveau campement, après les problèmes rencontrés en 2024? «Lausanne ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais fait sa part, dans le cadre de la stratégie convenue avec le Canton», répond le municipal de la Sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand. Selon lui, à ce jour, et considérant le territoire de la Ville, le site de la Rama est le terrain qui permet les conditions «les moins dommageables.» Ce mardi toutefois, le municipal a décidé de porter plainte pénale, pour occupation illégale, 39 caravanes se trouvant toujours sur le site alors que seules 25 sont tolérées cette année. Une plainte civile est également déposée. «Si ces gens ne sont pas contents, qu’ils aillent sur l’aire d’accueil de Rennaz ou qu’ils retournent en France», estime Pierre-Antoine Hildbrand. La convention passée entre Lausanne et les gens du voyage stipule qu’ils peuvent rester à la Rama pour une durée de trois mois.
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