Notre invité s’élève avec force contre la proposition d’un élu national d’interdire aux gens du voyage d’entrer dans notre pays.
24 heures/L’invité Samson Yemane- Conseiller communal à Lausanne et Vice-président de la commission fédérale contre le racisme
La proposition de Philippe Nantermod d’interdire l’entrée en Suisse aux gens du voyage à la suite du blocage d’une autoroute dépasse les bornes du raisonnable. Sous prétexte de défendre la tranquillité des automobilistes, le conseiller national valaisan se permet de pointer du doigt ces communautés nomades. Une posture simpliste qui, hélas, renforce les préjugés discriminatoires et légitime la stigmatisation de personnes déjà marginalisées.
Il est difficile, par ailleurs, de ne pas relever l’ironie de voir un tel discours émaner du président de la Licra Valais, une organisation censée défendre les droits humains. Sa crédibilité en est sérieusement entachée lorsqu’il propose d’exclure des individus sur la seule base de leur identité.
Que la police bloque temporairement une autoroute en raison de l’arrivée de gens du voyage, le temps de gérer la situation, et que cela irrite les automobilistes, c’est compréhensible. Mais utiliser cet épisode comme prétexte pour stigmatiser ou bannir un groupe en raison de son appartenance minoritaire est profondément irresponsable. Peut-on vraiment prétendre résoudre un «problème sociétal» en interdisant l’accès à un groupe déjà fortement discriminé?
Par ailleurs, la libre circulation des personnes est un droit fondamental en Europe. Refuser l’entrée en Suisse à des ressortissants européens sous prétexte qu’ils sont «gens du voyage», c’est bafouer non seulement les principes juridiques élémentaires, mais aussi l’esprit de coopération européenne. À moins que le PLR souhaite désormais sortir de l’accord Schengen?
Aires rares et inadaptées
Mais au-delà du droit, il y a la question politique et morale. Pourquoi en est-on arrivé à une action aussi spectaculaire qu’un blocage d’autoroute? La réponse est simple, mais dérangeante si on veut être objectif: parce que la Suisse, dans son ensemble, n’offre que très peu de solutions concrètes aux gens du voyage.
À part quelques communes courageuses, notre politique d’accueil est globalement inexistante. Les aires de stationnement sont rares, souvent inadaptées, voire refusées par les autorités locales. Leurs besoins ne sont ni entendus ni respectés dans plusieurs cantons et communes. C’est cette absence de reconnaissance qui alimente cette situation conflictuelle.
Alors, plutôt que de jouer au justicier des autoroutes, M. Nantermod ferait mieux de se pencher sur les causes structurelles du problème. Car ce n’est pas en excluant que l’on construit une société. C’est en dialoguant, en planifiant, en respectant les droits de chacun. Il est grand temps qu’une solution nationale soit envisagée avec l’implication réelle de toutes les parties concernées, y compris les gens du voyage eux-mêmes. Le vivre ensemble n’est pas une formule creuse. C’est un principe qui exige du courage politique, de la nuance et une volonté sincère de bâtir des ponts plutôt que des murs.
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